Le blog auteur de Christophe J. A. Ranque

Jeunes Ambassadeurs pour le Climat – Talk 1er juin 2020

Samaipata, le 27 juin 2020, jour de la fête des mères en Bolivie.

Je profite de cette conférence sur les liens entre changement climatique et genre annoncé par Esther Loiseleur sur Linkedln pour vous partager mon point de vue destiné à alimenter les discussions.

C’est un point de vue particulier, issu de mon expérience dans un autre domaine, la naissance, domaine par analogie et par nature ô combien lié au sujet, comme vous allez le constater.

Je ne vais pas parler de comment les femmes peuvent être plus affectées par les changements climatiques, mais de pourquoi cela les affecte davantage du fait de leur nature de femmes.

Un accouchement est un événement naturel dans le cycle de vie d’une femme qui va devenir mère. Il est déterminé par un processus physiologique avec lequel on peut apprendre à composer, afin de ne pas créer d’interférence, mais au contraire l’accompagner et finalement, comme disait l’astrophysicien Hubert Reeves, « aider la nature à accoucher d’elle-même ».

La sagesse humaine conduit alors à chercher à distinguer:

  • ce qui ne dépend pas de nous dans ce processus: type de symptômes avant-coureurs, date de déclenchement de l’accouchement, forme de manifestation des contractions, rythme d’avancée de l’ouverture du col de l’utérus, mouvement de descente de l’enfant, instant et manière de naître;
  • ce qui nous appartient et sur lequel nous pouvons agir: préparation physique et psychique de la future mère, accompagnement pendant l’effort, environnement prévu et aménagé pour la circonstance, préparatifs matériels, connexion avec l’enfant, proximité du couple de futurs parents.

Je pense qu’il en est exactement de même pour le climat.

On peut distinguer:

  • d’un côté, les processus dont nous n’avons pas la maîtrise: phénomènes cosmiques, astronomiques, géologiques, considérations géographiques
  • d’un autre côté, les paramètres sur lesquelles nous pouvons agir, notamment à l’échelle locale (microclimat): présence de végétation et d’étendues d’eau, types de mise en valeur des ressources naturelles, types d’activités humaines, types de mode de vie et conséquences environnementales.

Par exemple, les grands déserts secs qui vont du Sahara au désert de Gobi ont une origine anthropique. Cela a été attesté par les découvertes archéologiques. Ils sont donc réversibles. L’ingénieur Maxime Guillaume a publié en 1970 un livre autour du sujet, défendant la thèse que c’est le sol qui fait le climat. De nombreux exemples témoignent de l’inversion possible du phénomène de désertification. Mais cela demande des changements au niveau mode de vie et d’exploitation du milieu: mise en défend des animaux d’élevage, recours à des techniques agricoles adéquates (Fukuoka – Japon, permaculture – Australie, etc).

Ainsi, que ce soit pour engendrer un climat stable et plaisant ou un enfant paisible et heureux, la loi semble être la même: respecter le processus naturel et trouver sa place pour l’accompagner au mieux.

Cette similitude de nature et analogie pourrait bien expliquer la sensibilité particulière des femmes aux phénomènes climatiques.

C’est d’ailleurs un climat propice que la femme va chercher pour accoucher dans son « chez soi » ou dans un Centre de Sages-Femmes.

Quand on dit que « la planète Terre est notre foyer », on emploie un terme associé à la famille et son lieu de vie, là où la mère va cuisiner pour ses enfants. On retrouve là encore une résonance avec le monde féminin, avec un regard sur la planète comme environnement propice à la vie plutôt que comme gisement de ressources à exploiter.

En conclusion, je voulais inviter les participants à réfléchir au sujet du climat pour bien distinguer :

  • ce qui ne nous appartient pas et avec lequel il faut avoir CONFIANCE, comme lors d’un accouchement, et
  • ce qui relève de notre responsabilité :
  1. NE PAS NUIRE au processus naturel gouvernant le climat
  2. PRENDRE SA PLACE pour réguler, adoucir, tempérer localement le climat, comme ont sû le faire entre autres des génération de paysans partout dans le monde, des personnes reliées à leur territoire et de ce fait ayant une connaissance sensible des liens de cause à effet entre leurs actes et le climat qu’ils engendrent.

Pour ce faire, les choix technologiques sont sans doute à reconsidérer, en y ajoutant peut-être davantage d’intuition, de sensibilité féminine et de connexion à la planète.

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